A
ngil est certainement l'un des électrons
libres les plus talentueux de notre chère scène hexagonale.
Après avoir livré un premier
opus prometteur (Teaser for a
matter), après
avoir tenté (et réussi, tant qu'à faire) l'aventure The John Venture, le bonhomme
revient sur le devant de la
scène avec ses Hiddentracks, et prouve (si besoin est)
que le talent et l'originalité, ça le connaît.
Oulipo Saliva, tel est donc le nom de la galette en question. Pour
information, cet album est basé sur une
figure de style appelée lipogramme (dont, soit dit
en passant, je n'avais jamais entendu parler jusqu'à
lors), qui consiste à ne jamais
utiliser une lettre dans la construction syntaxique. En l'occurence, le E.
Et, tant qu'à
faire, Angil a aussi retiré la note Mi de ses compositions (notée E en anglais). Si l'idée
peut
paraître saugrenue de prime abord, et laisser présager des paroles bien
maigrichonnes, Mickaël Mottet surprend une
fois encore : Oulipo Saliva n'est pas un simple album concept un
peu délirant, mais un opus extrêmement
riche, encore plus renforcé par cette approche
stylistique. Côté musique, s'essayer à décrire les
compositions de Oulipo Saliva reviendrait à essayer de couper de
l'acier avec un couteau à beurre. Essayons,
donc. Depuis Teaser for a matter, la
patte Angil est reconnaissable, avec cette envie de
construction/destruction et
cette recherche quasi incessante de la rupture. Oulipo Saliva oscille entre
cuivres légèrement bluesy/jazzy, des
cordes peu académiques mais diablement prenantes (In Purdah) se
heurtant à un phrasé
dynamique et captivant, fleurtant parfois avec le hip hop (Trying to fit). Et
délicieusement décalé.
Avec Oulipo Saliva, Angil (aidé de ses
Hiddentracks) franchit un palier supplémentaire et livre un album d'un
autre
monde, que même la redondance (quasi obligée) des textes ne saurait entâcher ne serait-ce qu'un
peu.
La conclusion de cette chronique se doit de respecter l'exercice de style auquel se
sont prêtés ces jeunes
gens : Oulipo
Saliva, du grand art ! Bravo.